DGESIP / DGRI : la Cour des comptes confirme l’urgence d’un changement de paradigme au service des personnels, des étudiants et de la recherche.
Voilà donc un rapport qui interroge de manière directe la capacité du ministère et des Rectorats à piloter la mise en place des contrats d’objectifs, des moyens et la performance (COMP), instrument d’une recentralisation des politiques publiques après la période de décentralisation et d’autonomie des universités.
Ce rapport pose aussi de manière directe la question de l’allocation des moyens et l’absence d’évolution de celle-ci au fil des années, renforçant ainsi les inégalités territoriales.
De fait, il interroge alors même que les universités se mobilisent, au garde à vous, pour répondre présent aux injonctions des recteurs qui sont dans l’incapacité de piloter la démarche des COMP.
Un rapport sévère sur une administration centrale saturée et peu stratégique
Dans un rapport d’observations définitives rendu public en février 2026, la Cour des comptes dresse un constat sans concession sur la direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle (DGESIP) et la direction générale de la recherche et de l’innovation (DGRI). Ces deux directions, au cœur du pilotage national de l’ESR, sont décrites comme très centralisées, surchargées de tâches réglementaires et de tutelle, mais avec une valeur ajoutée stratégique limitée pour les établissements, les personnels et les étudiants.
La Cour pointe un dialogue financier lourd, reconduit d’année en année sur des bases historiques, peu lisible et peu corrélé à la performance ou aux objectifs des universités et des organismes. Elle souligne aussi une territorialisation insuffisante (rôle flou des recteurs délégués ESR et des DRARI), un fonctionnement en silos malgré des services communs, ainsi qu’un recours croissant aux appels à projets qui affaiblit la capacité de pilotage direct de l’État sur la recherche.
Le dialogue à mener par les rectorats est encore sujet à caution, dès lors qu’en l’absence de modèle d’allocation des moyens, les recteurs se trouveront dans l’incapacité d’arbitrer en équité et parce que son calendrier est décorrélé de celui des campagnes d’évaluation.
Conditions de travail et ressources humaines : une alerte claire
Le rapport met en lumière un déficit de stratégie RH à l’administration centrale : vacance durable de nombreux postes, recrutements très longs et complexes, forte augmentation du recours aux contractuels, instabilité des organisations. La Cour note que le secrétariat général reste trop éloigné des besoins métiers, alors même que les missions se complexifient et se multiplient.
Pour la CFDT, ces éléments confirment ce que les équipes vivent au quotidien : surcharge, empilement de priorités, difficulté à se projeter, sentiment de perte de sens. Moderniser DGESIP et DGRI sans traiter sérieusement l’emploi et les parcours des agents reviendrait à déplacer les cases de l’organigramme sans répondre aux enjeux de fond.
On ne peut pas demander à des équipes exsangues de piloter des réformes lourdes tout en les laissant dans l’insécurité organisationnelle et statutaire. La refondation doit commencer par les conditions de travail.
Pilotage, territorialisation, numérique : pour un État stratège et lisible
La Cour appelle à recentrer la tutelle sur un pilotage stratégique via les nouveaux contrats d’objectifs, de moyens et de performance (COMP), conclus au “premier euro” et articulant enfin objectifs, moyens et performance. Elle insiste sur la nécessité de clarifier les rôles entre DGESIP, DGRI, secrétariat général, rectorats, recteurs délégués, DRARI, opérateurs et agences de programme, afin de sortir des doublons et des zones grises.
La DGESIP entretient des échanges en direct avec les présidences d’université ou d’établissement, en omettant parfois d’y associer les rectorats. Cette pratique permet une prise en compte au plus haut niveau des sujets signalés par les présidents d’établissement mais elle peut aussi engendrer des ruptures d’information, des délais supplémentaires d’information et de prise en compte par les services et les rectorats, voire une illisibilité des responsabilités incombant aux rectorats dans leur rôle d’interface entre les établissements et l’administration centrale.
Elle décrit également une fragmentation préoccupante des systèmes d’information : projets numériques éclatés, multiplicité d’outils, gouvernance peu lisible. Pour la CFDT, cette situation pèse directement sur la charge de travail des agents (reporting, interfaces multiples, injonctions contradictoires) et nuit à la qualité du service rendu aux établissements, aux étudiants et aux personnels.
Une modernisation à construire avec les agents
La Cour note que DGESIP et DGRI ont engagé des démarches de « projet de service » et de réorganisation, mais sans feuille de route stratégique unique ni tableaux de bord harmonisés. Pour la CFDT, la modernisation ne peut pas être une opération technocratique de plus : elle doit se construire avec les personnels, leurs représentants et les acteurs de terrain de l’ESR.
Le rapport de la Cour des comptes ne doit pas servir de prétexte à une réforme descendante. Il doit être l’occasion d’ouvrir un vrai chantier de dialogue social, associant les agents de l’administration centrale et ceux des établissements, pour bâtir un pilotage de l’ESR plus juste, plus lisible et plus soutenable.
Voilà une analyse pleine de bon sens sur la question du dialogue social qui peut se décliner aussi dans les établissements où on rêve de transformer le travail et les organisations sans les personnels.