[ESR UT] Vers le COMP 2027 à l’université de Tours : quelles opportunités, quels risques ?

Le 2 avril, la présidence de l’université de Tours a présenté à la communauté universitaire les grandes lignes du futur Contrat Objectifs Moyens et Performance (COMP) 2027 et la méthode retenue pour le construire, à travers une assemblée adossée à des ateliers thématiques.

Pour la CFDT, ce nouveau cadre contractuel représente un changement majeur de pilotage, porteur à la fois d’opportunités et de risques importants pour les missions, les personnels et les étudiants.

Ce que change le COMP : un contrat 100% missions, piloté par le rectorat

Les COMP remplacent les contrats d’établissement : ils couvrent désormais 100% des missions et de l’ensemble du modèle économique de l’université (formation, vie étudiante, recherche/innovation, finances, immobilier, ressources humaines), sur un horizon de quatre ans, avec une signature envisagée au 1er janvier 2027 pour Tours. Ils sont cadrés nationalement par le MESR, mais la négociation est « déconcentrée » au niveau du rectorat de région académique et du recteur délégué ESRI, après un diagnostic territorial présenté comme « partagé » avec les collectivités, les organismes de recherche, les acteurs socio-économiques et de la vie étudiante.

Au cœur du dispositif, le vademecum « COMP 2026 » et une batterie d’indicateurs nationaux centrés sur la performance : transformation des formations jugées « les moins performantes », effectifs dans les filières des « grands défis », indicateur composite de vie étudiante, taux de ressources propres, niveau de trésorerie, structuration de l’innovation, taux d’UMR en DGG, etc. Le ministère annonce par ailleurs que seuls les projets inscrits dans le COMP pourront être financés, ce qui en fait un outil puissant de pilotage stratégique… mais aussi potentiellement de pilotage budgétaire sous contrainte.

L’assemblée du 2 avril : une méthode participative… à confirmer

La présidence a présenté une organisation du chantier COMP articulée autour d’un diagnostic territorial, de quatre groupes de travail thématiques et d’un comité de pilotage (COPIL) chargé de fixer les orientations et de valider les textes remontés. Les membres des conseils, des directions de composantes et d’unités ont été sollicités, de même que le seront les organisations syndicales via le CSA. La première assemblée du 2 avril a permis de recueillir les avis et propositions de l’ensemble de la communauté présente.

Les ateliers du 2 avril avaient chacun des objectifs et des questions très ciblés :

  • « Formation » : accès de toutes et tous aux études supérieures, formation tout au long de la vie, flexibilité des parcours, international et interdisciplinarité, intégration des grands défis sociétaux, réussite étudiante.
  • « Vie étudiante » : état des lieux global VEC (santé, bien-être, sport, culture, logement, accueil), meilleure conciliation études/vie de campus, usage optimisé de la CVEC, lutte contre les VSS et le bizutage, amélioration holistique du bien-être.
  • « Recherche et innovation » : définition de la signature scientifique de Tours, renforcement du positionnement national et européen, développement de l’innovation et des partenariats, simplification du quotidien de la recherche, interdisciplinarité et impact sociétal.
  • « Pilotage stratégique et opérationnel » : place de l’université comme chef de file, articulation gouvernance–composantes–unités–services, simplification des processus du point de vue des usagers, articulation transition écologique et activités de l’établissement.

Pour la CFDT, cette mise en scène d’une démarche participative est indispensable mais ne suffira pas à garantir un COMP réellement co-construit : tout dépendra de la réalité du partage des données (diagnostic territorial, notes rectorales, arbitrages financiers) et de la façon dont les propositions issues des ateliers et des instances seront – ou non – reprises dans le contrat final.

Les alertes de la CFDT : performance, recentralisation, pression sur les personnels

Dans notre analyse, nous soulignons d’abord le risque d’un glissement du COMP vers une logique « surveiller et punir » fondée sur des indicateurs de performance et la situation de trésorerie. Les indicateurs nationaux et les tableaux de bord (Quadrant, FRESQ, Parcoursup, MonMaster, etc.) peuvent servir à documenter les besoins de soutien, mais aussi à justifier fermetures, transformations rapides de l’offre et désengagement de l’État vis-à-vis des établissements jugés « peu performants ».

La contractualisation déconcentrée donne aux rectorats une « vision globale comparative » des performances, qui peut être une opportunité de meilleure articulation avec les acteurs territoriaux, mais aussi une recentralisation masquée : les marges de manœuvre de l’université dépendront fortement de la lecture rectorale des données et des priorités nationales.

Pour la CFDT, le diagnostic territorial, présenté comme neutre, est en réalité la clef de voûte de l’acceptation ou non de la stratégie COMP : il doit être réellement partagé, documenter les besoins en moyens et en emplois, mettre en évidence les inégalités d’accès aux études et permettre de contester des arbitrages justifiés uniquement par la performance ou la trésorerie.

Sur la recherche, la CFDT alerte sur une stratégie scientifique trop arrimée aux programmes compétitifs (ANR, ERC, Horizon Europe) et aux priorités nationales (transition écologique, IA, souveraineté, santé, etc.), avec une forte incitation à structurer l’innovation et les liens économiques. Si l’on peut y voir un gain de visibilité et de moyens fléchés, le risque est de réduire la liberté de recherche aux axes les plus « productifs » et finançables, au détriment de la diversité thématique, des SHS et de la souveraineté scientifique.

Sur la formation, les COMP poussent à adapter l’offre aux « besoins des milieux économiques » et aux « projets de territoire », en transformant les mentions jugées les moins performantes à partir d’outils quantitatifs. La CFDT refuse que cela conduise à sacrifier des formations socialement utiles mais peu « rentables », et revendique une carte des formations débattue en CFVU et CA, transparente, qui défende la démocratisation de l’accès aux études, les disciplines « orchidées » et un maillage équilibré du territoire.

Enfin, l’axe « pilotage » du vademecum place la GPEEC, la maîtrise de la masse salariale, la limitation des « risques de CDIsation » et l’augmentation des ressources propres au centre du COMP, ce qui fait peser une menace directe sur l’emploi stable, le remplacement des départs, les conditions de travail et la précarité. La CFDT se bat pour des emplois stables, un plan de résorption de la précarité et une GPEEC négociée, et refuse que les objectifs RH soient pilotés uniquement par la soutenabilité financière et des indicateurs macro.

Les exigences portées par la CFDT pour l’université de Tours

Face à ces enjeux, la CFDT formule quatre grandes séries d’exigences pour encadrer le COMP à Tours et en faire, le cas échéant, un véritable contrat d’objectifs et de moyens au service du service public d’ESR.

  1. Démocratie interne et transparence

La CFDT réclame un débat en amont dans toutes les instances (CA, CFVU, CSA, F3SCT), avec mise à disposition d’éléments chiffrés pluriannuels sur les emplois, la masse salariale, les charges d’enseignement et de recherche, la vie étudiante et l’immobilier. Elle demande aussi un suivi annuel du COMP associant systématiquement les représentants des personnels, et la publication interne du diagnostic territorial, des synthèses rectorales et des arbitrages financiers, pour éviter un tête-à-tête « présidence–rectorat » hors du contrôle de la communauté.

  1. Encadrement des objectifs RH

Le COMP doit contenir des objectifs RH explicites, vérifiables et opposables : baisse du taux de précarité sur emplois permanents, trajectoires de titularisation, plan de résorption des heures complémentaires structurelles, indicateurs de risques psychosociaux (turnover, absentéisme, arrêts maladie, résultats d’enquêtes sociales). La GPEEC doit devenir un outil de sécurisation des parcours et d’anticipation des besoins, et non un levier d’économies qui bloquerait les postes statutaires, en particulier BIATSS déjà fortement sollicités.

  1. Vie étudiante et lutte contre les inégalités

La partie « vie étudiante » du COMP (schéma directeur, indicateur composite, thématiques santé, bien-être, accueil, logement, restauration, égalité, inclusion) doit être utilisée pour imposer des engagements concrets : effectifs de services de santé et sociaux, moyens du SUAPS, dispositifs de logement, guichets uniques, prise en charge des étudiants à besoins spécifiques, etc. La CFDT refuse que la vie étudiante soit une variable d’ajustement budgétaire et exige une clarification du partage entre CVEC, financements récurrents de l’établissement et apports des partenaires (CROUS, collectivités), avec un rééquilibrage des moyens fondé sur les besoins sociaux plutôt que sur les seules performances.

  1. Orientation des indicateurs et des outils

La CFDT demande que les indicateurs de performance soient utilisés pour identifier des besoins de soutien (tutorat, moyens pédagogiques, accompagnement social), pas pour automatiser les fermetures et transformations. Elle souhaite également voir émerger des indicateurs positifs sur les conditions de travail (charge administrative, simplification des procédures, réduction des tâches annexes) et refuse toute automaticité entre « faible performance » et désengagement de l’État : le COMP doit rester un contrat d’objectifs et de moyens, pas un mécanisme de pénalisation comptable.

En résumé, pour la CFDT, un COMP 100% missions peut donner de la cohérence à la stratégie de l’université de Tours, articuler formation, recherche, vie étudiante et pilotage, et sécuriser des moyens pluriannuels, à condition d’être solidement encadré par la démocratie interne, des engagements RH favorables aux personnels, une politique de vie étudiante ambitieuse et équitable, et une utilisation des indicateurs au service de l’amélioration du service public et non de la seule conformité budgétaire.

Faute de ces garanties, la CFDT refusera un COMP qui renforcerait la pression sur les personnels, accélérerait les restructurations à marche forcée et mettrait en tension le principe même d’un service public national de l’ESR.