[ESR UT En débat] Projet de construction d’un équipement sportif sur le site Portalis : entre enjeux universitaires et défis environnementaux

Lors de sa séance plénière du 13 avril 2026, le conseil d’administration de l’Université de Tours a approuvé à l’unanimité le dossier d’expertise pour la construction d’un nouvel équipement sportif sur le site Portalis, dans le cadre du Contrat de Plan État-Région (CPER) 2021-2027.

Ce projet, porté en co-maîtrise d’ouvrage avec Tours Métropole Val de Loire (TMVL), vise à répondre à un manque criant d’infrastructures sportives pour les étudiants, tout en s’inscrivant dans une « démarche écologique ambitieuse » ( !).

Pourtant, une question persiste : comment concilier artificialisation des sols et préservation des zones humides, alors que le terrain concerné, bien que non classé comme humide, se situe dans un périmètre potentiellement sensible ?

Si la CFDT estime que la création d’un espace sportif correspond à une attente, la Métropole comme l’université auraient pu interroger l’usage des sols déjà artificialisés comme les parkings des étudiantes et des étudiants alors même que le site des Portalis est particulièrement bien desservi par les transports collectifs.

Une autre approche aurait pu également réduire la circulation automobile des étudiant·es sur le site des Deux-Lions d’autant que l’avenir pousse à la décarbonation !

✅ Quel projet pour l’Université et la Métropole ?

🔹 Un besoin urgent : désengorger et moderniser l’offre sportive

 Avec 28 000 étudiants répartis sur six sites, l’Université de Tours ne dispose aujourd’hui que d’un seul équipement sportif en propre, situé à Grandmont. Ce dernier, bien que fonctionnel, est saturé et inadapté à certaines pratiques (musculation, sports de combat, bien-être). Pour pallier ce manque, l’Université doit louer une vingtaine d’équipements auprès de la Ville, de la Métropole et de prestataires privés, générant des coûts annuels élevés (84 500 €/an) et des contraintes logistiques pour les étudiants.

Le futur équipement comportera pour l’Université : 3 salles dédiées : musculation (250 m²), polyvalente/bien-être (200 m²), dojo/sports de combat (200 m²), Vestiaires et espaces de stockage adaptés et pour la Métropole : 1 salle omnisports (44 x 23,7 m, hauteur 7 m) avec gradins (150 places), destinée aux agents métropolitains, écoles du quartier (Excellia, IMT, Brassart, école Simone Veil) et associations sportives locales.

🔹 Un financement partagé 

Le coût total de l’opération est estimé à 10,8 Mréparti comme suit : équipement Université : 4,4 M (financé à 40 % par le CPER – État et TMVL –, et à 60 % par l’Université via la CVEC) et équipement TMVL : 6,4 M (entièrement pris en charge par la Métropole).

🌍 Enjeux environnementaux : artificialisation et zones humides

🔹 Un site en zone « potentiellement humide » : quels risques ?

Le terrain du projet, d’une superficie de 12 770 m², est situé dans une zone classée « D » de saisine archéologique (surface > 10 000 m²) et potentiellement humide selon les cartes de l’Agence Nationale de la Biodiversité (ANN) et du SAGE Cher Aval. Pourtant, un diagnostic pédologique réalisé le 14 mai 2025 par le bureau FLOW Concept a conclu à l’absence de zone humide sur le site, confirmant que : «Aucun excès d’eau n’a été constaté en surface. Les sondages n’ont pas révélé de traits rédoxiques ou réductiques caractéristiques des sols de zones humides.»

Pourquoi cette vigilance ?

Le site jouxte le lac de la Bergeonnerie et des zones inondables (PPRI Val de Tours Val de Luynes). Il est soumis à un risque modéré de retrait-gonflement des argiles (phénomène de sécheresse/humidité affectant la stabilité des sols). La loi APER (Accélération des Énergies Renouvelables, 2023) impose désormais des obligations de végétalisation ou de production d’énergie renouvelable pour les bâtiments neufs > 500 m² (ce qui sera le cas ici).

📌 Le projet respecte-t-il les réglementations ?

Oui, mais avec des mesures compensatoires :

Raccordement au Réseau de Chaleur Urbain (RCU) de Tours Sud (en cours de déploiement).
Intégration de matériaux biosourcés (bois, matériaux locaux) dans le cadre du Pacte Bois-Biosourcé signé par l’Université (objectif : 20 % de surfaces neuves en bois, avec 36 kg/m² SDP).
Végétalisation des toitures et gestion des eaux pluviales (infiltration sur site).
Respect de la RE2020 (réglementation environnementale pour les bâtiments neufs).

🔹 Artificialisation des sols : un impact inévitable ?

Malgré les précautions, le projet artificialisera près de 5 600 m² (bâtiment + aménagements extérieurs), dont : 2 690 m² pour les équipements sportifs et 3 010 m² d’aménagements extérieurs (stationnements, cheminements, espaces verts). Ce projet va donc entraîner une perte de perméabilité des sols : les alluvions de la Loire (sol poreux) seront recouvertes par des fondations et dalles, réduisant l’infiltration naturelle des eaux et il y aura un impact sur la biodiversité : le site, bien qu’entretenu en friche, abrite une faune et flore locales. Aucune étude floristique n’a été réalisée.  Enfin, le dossier soumis pointe une risque de remontée de nappe : le terrain est concerné par un aléa « remontée de nappes » (probabilité forte). Des fondations adaptées (drainage, étanchéité) devront être prévues.

Même si le diagnostic pédologique est rassurant, l’artificialisation en zone périurbaine pose question.

Les sols alluvionnaires jouent un rôle clé dans la régulation hydrique. Remplacer une friche par un bâtiment, même « vert », c’est supprimer un réservoir de biodiversité et un puits de carbone. La compensation par des toitures végétalisées est une bonne chose, mais elle ne suffit pas à compenser la perte de sol vivant.