La crise climatique rappelle l’urgence d’adapter durablement nos pratiques, la CFDT demande d’en tirer immédiatement les conséquences en ouvrant une vraie négociation collective, avec des engagements concrets, des moyens et un calendrier.
Canicule et santé au travail : ouvrir sans délai une négociation collective
Mesdames, messieurs les élu-es au conseil d’administration,
Depuis bientôt 18 mois, vous avez la responsabilité délibérative des orientations et des choix budgétaires de l’université de Tours et c’est dans ce cadre que la CFDT vous interpelle et appelle la direction de l’université à agir en ouvrant une négociation collective sur trois domaines prévus par l’article L. 222-3 du code général de la fonction publique :
- les conditions et l’organisation du travail, notamment les actions de prévention dans les domaines de l’hygiène, de la sécurité et de la santé au travail ;
- le temps de travail, le télétravail, la qualité de vie au travail, les modalités des déplacements entre le domicile et le travail ainsi que les impacts de la numérisation sur l’organisation et les conditions de travail ;
- la mise en œuvre des actions en faveur de la lutte contre le changement climatique, de la préservation des ressources et de l’environnement et de la responsabilité sociale des organisations ;
La deuxième crise caniculaire que nous vivons en moins d’un mois et qui en appellera d’autres amène la CFDT à vous demander à agir, à agir pour répondre au sein de notre établissement à l’urgence climatique.
Car en effet, les seules déclarations d’intention et de bienveillance se suffisent plus au regard de la situation.
Dans un message public, la direction de l’université, ce vendredi 26 juin, saluait la mobilisation des équipes face à la canicule, appelait à adapter durablement nos organisations et reconnaissait, à juste titre, l’urgence climatique et ses conséquences sur le travail universitaire.
Mais les remontées qui nous parviennent des personnels montrent un décalage préoccupant entre cette communication institutionnelle et la réalité vécue sur les sites, dans les services et dans les bureaux.
En pratique, ce sont trop souvent les agents qui absorbent seuls les effets de la crise : consignes tardives, aménagements inégaux, télétravail accordé de manière variable, horaires adaptés au cas par cas, et locaux parfois rendus difficilement soutenables par la chaleur. Sur plusieurs sites, les remontées du terrain décrivent des bureaux à 33–35 degrés, d’autres à 44 degrés et des couloirs suffoquants, l’absence d’îlot de fraîcheur, des ventilateurs insuffisants, des protections solaires inadaptées, et des décisions prises dans la précipitation plutôt que dans l’anticipation.
En pratique, la direction de l’établissement maintenait dans la quasi-totalité des sites, des examens sans évolution dans les horaires proposés. Comment un étudiant peut-il composer pendant trois heures en pleine fournaise ? Comment ne pas craindre pour la santé de nos étudiantes et étudiants, pour les personnels enseignants et administratifs ? Que fallait-il privilégier les agendas de quelques-uns ou la santé du plus grand nombre ?
Les témoignages remontés depuis le Plat d’Étain, les Tanneurs, Grandmont, Portalis ou encore l’IUT de Tours convergent tous vers la même exigence : il ne suffit plus de saluer la mobilisation des personnels, il faut leur garantir des conditions de travail compatibles avec la santé, la sécurité et la dignité. Les agents disent très clairement avoir eu le sentiment que l’université fonctionnait comme si de rien n’était, que le plan fortes chaleurs restait un pansement sur une plaie ouverte, ou encore qu’aucune prise de conscience réelle ne se traduisait dans les pratiques de la politique de l’établissement.
Pour la CFDT, la réponse institutionnelle ne peut se limiter à une rhétorique de l’engagement et de l’adaptation, alors même que les personnels administratifs, techniques, de scolarité et d’enseignement supportent l’essentiel de l’effort d’ajustement. Il n’est pas acceptable de mettre en avant une mobilisation exemplaire sans reconnaître les situations de stress thermique, de fatigue, de maux de tête, de concentration altérée, de difficultés de garde d’enfants, ou de tension accrue avec les encadrants lorsqu’un télétravail ou un aménagement d’horaires est demandé.
Comment ne pas soulever les contradictions entre une politique d’établissement qui freine le déploiement des fontaines à eau privilégiant la vente via de bouteilles d’eau à 1,20 euros les 25 cl à un tarif plus élevé qu’un repas au CROUS à 1 euro. L’eau est-elle devenue un nouveau luxe à l’université de Tours ?
Devant la nécessité d’adapter nos organisations et notre environnement de travail, la CFDT propose l’ouverture d’une négociation collective afin de redonner du pouvoir d’agir aux agents publics dans le cadre d’un dialogue social structuré.
À ce titre, nous demandons d’ouvrir sans délai une négociation collective de proximité sur l’adaptation de l’Université de Tours aux épisodes de fortes chaleurs et, plus largement, au changement climatique. Cette négociation doit avoir pour objet des engagements concrets, opposables et évaluables, et non de simples annonces de communication.
Cette négociation devrait porter pour la CFDT au minimum sur les points suivants :
- un cadre clair, commun et anticipé pour le télétravail en période de forte chaleur, avec des critères transparents et harmonisés ;
- des plages horaires aménageables automatiquement lorsque les missions le permettent, afin d’éviter les horaires les plus exposés ;
- l’identification de lieux de repli, de tiers-lieux ou d’espaces rafraîchis réellement accessibles aux agents ;
- l’équipement des bâtiments les plus exposés, en commençant par les sites et locaux signalés dans les remontées de terrain ;
- la prise en compte des situations particulières, notamment des personnels vulnérables, des agents ayant des contraintes familiales et de ceux dont les missions imposent une présence sur site ;
- un plan de long terme sur l’isolation, la ventilation, la protection solaire, la végétalisation et la transformation des bâtiments.
Les attentes exprimées par nos collègues montrent aussi que les besoins des agents ne relèvent pas seulement de la gestion d’urgence, mais d’une véritable politique de prévention. Il apparaît nécessaire d’anticiper les épisodes caniculaires par une réorganisation pérenne du travail, une meilleure information, des horaires avancés, un usage plus souple du télétravail, et des investissements techniques durables. Ces propositions ne doivent pas rester au stade du recensement : elles doivent devenir la base d’un travail négocié.
Nous attirons également votre attention sur le fait que la reconnaissance publique du dynamisme des équipes ne peut pas masquer le risque de sur-responsabilisation individuelle des agents. La canicule n’est pas une affaire de bonne volonté personnelle ; c’est un enjeu de santé au travail, de responsabilité employeur et de pilotage institutionnel.
Dire que les équipes ont su s’adapter ne dispense pas l’établissement de construire les conditions matérielles et organisationnelles de cette adaptation.
Dans l’immédiat, la CFDT formule à la direction de l’établissement :
- l’ouverture d’un calendrier de négociation avec les organisations représentatives ;
- la communication d’un bilan des mesures effectivement mises en œuvre par site et par composante ;
- la formalisation de consignes communes pour éviter les disparités de traitement ;
- la présentation d’un plan d’investissement et d’adaptation des bâtiments ;
- la réunion rapide des instances dédiées associant les représentants du personnel.
La CFDT de l’université de Tours ne se satisfera pas d’une communication valorisant l’abnégation des personnels si, dans le même temps, leurs conditions de travail restent dégradées et leurs demandes renvoyées à des arbitrages locaux hétérogènes.
Comme l’affirme la communication institutionnelle, cette crise rappelle l’urgence d’adapter durablement nos pratiques, la CFDT demande d’en tirer immédiatement les conséquences en ouvrant une vraie négociation collective, avec des engagements concrets, des moyens et un calendrier.
Comptant sur votre soutien pour agir et ne plus subir, nous vous prions de croire, mesdames et messieurs les élu-es au conseil d’administration, en notre détermination à défendre les intérêts matériels et moraux des personnels de l’Université de Tours.