Tenants de l’ordre et de la fameuse « majorité silencieuse » vs une approche léniniste, la CFDT défend une approche émancipatrice.
Le consultation des étudiantes et des étudiants par la présidence de l’université et son résultat viennent mettre à mal les certitudes des tenants de l’ordre et de la fameuse « majorité silencieuse » mais déconstruisent aussi les analyses et les approches d’une partie du mouvement qui organise ce dernier sur la base d’un fonctionnement léniniste.
Université de Tours : faire vivre la démocratie, articuler le débat et le vote
La mobilisation à l’université de Tours pose une question essentielle : comment permettre aux étudiantes et aux étudiants comme aux personnels de débattre des revendications et de choisir les formes d’action qui les concernent ?
Pour la CFDT, la réponse ne peut pas résider dans une opposition simpliste entre une consultation sur une plateforme numérique et un vote à main levée en assemblée générale.
Notre exigence est celle d’une démocratie qui associe information, confrontation des arguments, liberté de choix et participation du plus grand nombre. Cette approche prolonge notre position du 15 octobre : consulter et débattre sont deux démarches complémentaires, et non concurrentes.
Entendre les résultats sans leur faire dire davantage qu’ils ne disent
Du 14 au 16 octobre, 7 640 étudiantes et étudiants ont répondu à la consultation organisée par l’université, sur 18 844 personnes sollicitées. Soit un taux de participation de 40% qui au regard du contexte est particulièrement élévé. Les résultats concernant les blocages sont contrastés : 53% des personnes exprimées à Grandmont et 58% à Portalis souhaitent leur levée ; à l’inverse, 52% à l’IUT Tours Nord et 57% aux Tanneurs souhaitent leur poursuite. Ces résultats ne permettent donc pas de présenter la communauté étudiante comme unanimement favorable ou opposée aux blocages. Ils expriment des choix différents selon les sites, parmi les personnes qui ont participé.
Un autre enseignement mérite autant d’attention : selon les sites, entre 91% et 96% des personnes exprimées jugent insuffisant le soutien de l’État au service public de l’enseignement et de la recherche. Entre 73% et 89% considèrent que la sous-dotation et la situation financière de l’université pèsent sur leurs conditions d’études. Le désaccord sur les moyens d’action ne doit pas masquer cette très forte convergence sur les difficultés rencontrées. Demander la levée des blocages ne signifie pas approuver le sous-financement de l’université ; soutenir leur poursuite ne doit pas conduire à ignorer les préoccupations de celles et ceux qui s’inscrivent dans une autre démarche.
La consultation élargit l’expression, mais ne remplace pas la discussion
Une consultation à distance peut permettre de recueillir la position de personnes qui ne participent pas aux assemblées générales. Cette expression mérite d’être entendue : la participation à la vie démocratique de l’université ne saurait être réservée aux seules personnes présentes dans une réunion.
Mais une plateforme ne constitue pas, à elle seule, un espace de délibération. Elle recueille des réponses sans nécessairement permettre de discuter les arguments, de proposer d’autres modalités d’action ou de construire des solutions communes.
C’est pourquoi la CFDT a souligné que cette consultation devait s’accompagner d’une information claire et de possibilités réelles de débat. Nous avons également regretté que les élu·es de la Commission de la formation et de la vie universitaire n’aient pas pu en discuter en amont et qu’aucune information n’ait été présentée lors de la séance du 13 octobre. Associer les représentant·es étudiant·es à la préparation de la démarche aurait contribué à en renforcer la confiance et la portée collective.
L’assemblée générale fait vivre le débat, sans parler automatiquement au nom de toutes et tous
Les assemblées générales ont toute leur place dans un mouvement social. Elles permettent de présenter des revendications, de confronter des analyses et de proposer des actions. La CFDT les reconnaît pleinement parmi les moyens de construire une mobilisation collective.
Pour autant, nous ne considérons pas qu’un vote à main levée en assemblée générale puisse, par sa seule existence, valoir expression de l’ensemble des étudiantes et étudiants d’un site ou encore celle des personnels. Il traduit d’abord le choix des personnes présentes et participantes. Notre exigence doit être la même pour toutes les modalités de consultation : préciser qui peut voter, annoncer les règles, permettre l’expression des désaccords et rendre compte des résultats.
Le vote à main levée peut convenir à certaines décisions collectives. Mais lorsqu’il s’agit d’un choix sensible, qui engage les conditions d’études de nombreuses personnes, nous estimons qu’un scrutin secret offre une meilleure protection de la liberté individuelle. Chacune et chacun doit pouvoir se prononcer sans avoir à rendre publiquement visible son choix ou à le justifier devant le groupe.
Notre proposition est donc d’articuler les deux temps : des assemblées pour débattre et élaborer les propositions ; puis, lorsque la décision concerne l’ensemble d’un site, une consultation accessible à toutes les personnes concernées, avec des garanties explicites de confidentialité, d’unicité du vote et de transparence du dépouillement.
Refuser la concurrence des légitimités
Des organisations étudiantes et syndicales et l’assemblée générale des Tanneurs ont appelé au boycott de la consultation, en contestant notamment ses modalités et l’absence de débat contradictoire. Ces critiques font partie du débat et doivent pouvoir recevoir des réponses. Elles ne justifient toutefois pas, à nos yeux, d’écarter par principe la parole des milliers d’étudiantes et d’étudiants qui ont choisi de participer. Réciproquement, les résultats de la plateforme ne doivent pas servir à disqualifier les assemblées générales ou à fermer la discussion sur les revendications.
Nous proposons une exigence commune : ne pas assimiler les absences à un soutien, ne pas transformer une majorité de suffrages exprimés en unanimité et ne pas reconnaître la valeur d’un vote uniquement lorsqu’il confirme sa propre position. Une démarche démocratique doit rendre visibles les majorités comme les désaccords, et permettre à chacun de continuer à participer après le scrutin.
Pour une mobilisation collective
La CFDT défend des formes de mobilisation qui permettent de faire entendre les revendications tout en préservant l’accès aux espaces universitaires, la possibilité d’accéder aux bibliothèques, ainsi que celle de participer au débat. Cette position ne signifie ni le refus de la contestation ni le choix de l’inaction : assemblées générales, rassemblements, grèves, pétitions, délégations et interpellations des décideurs peuvent contribuer à construire un rapport de force.
La CFDT défend la mise en place d’assises locales de l’enseignement supérieur et de la recherche pour de donner une suite collective à cette mobilisation : organiser des rencontres entre étudiant·es et personnels, partager les informations sur la situation financière et construire un cahier de revendications commun. L’objectif est de transformer un constat largement partagé en demandes précises, portées auprès d’interlocuteurs identifiés, avec des actions discutées collectivement.
Ni la plateforme sans débat, ni l’assemblée générale érigée en voix exclusive de toute la communauté : nous défendons une université où l’on peut s’informer, contester, délibérer et voter librement, puis agir ensemble malgré les désaccords.