IA et formation : un déploiement qui ne peut se faire sans cadre éthique ni garanties pour les personnels.
En 2025, l’université a formé 1 180 agents, pour 2026, la programmation va plus loin, en plaçant l’intelligence artificielle au cœur de l’offre de formation, avec un « focus IA » très structuré.
En même temps, le ministère initie un cadre d’usage de l’IA en ressources humaines qui insiste sur un usage responsable, éthique et conforme au RGPD, et affirme que l’IA doit rester un outil d’assistance, sans se substituer aux décisions humaines. La CFDT partage ces principes, mais alerte : on ne peut pas multiplier les formations « IA au service des RH » ou « IA pour développer sa productivité » sans que les règles du jeu, les droits des agents et les limites acceptables aient été clairement fixés et débattus en amont.
Un plan de formation de l’UT 2026 très (trop) offensif sur l’IA
Le bilan 2025 montre déjà un intérêt marqué pour les outils numériques (par exemple « Préserver vos données », 130 stagiaires) et la montée des thématiques nouvelles (climat, égalité, etc.). En 2025, le CAPE a également renforcé son offre autour de l’IA avec 8 sessions dédiées pour 113 participants (initiation aux IAG, bases du prompting, etc.).
En 2026, l’université franchit un cap :
- Un bloc de sensibilisation (« se sensibiliser à l’IA et à Mistral », « écrire des prompts efficaces », « IA : enjeux éthiques », « IA impact environnemental »).
- Un volet expérimentation (« utiliser l’IA pour développer son efficacité et sa productivité », « analyser vos données grâce à l’IA », « créer des assistants IA personnalisés », « expérimenter des outils d’IAG »).
- Un axe « IA au service des métiers » : IA au service des RH, de la finance et de la gestion, des fonctions d’assistant·e, des bibliothèques, de la publication scientifique, ainsi que « s’initier aux IAG pour l’enseignement ».
- Un volet managérial (« l’IA au service du manager »).
Autrement dit, l’IA est appelée à irriguer massivement les pratiques professionnelles dans l’établissement, bien au‑delà d’une simple expérimentation marginale.
Ce que la CFDT approuve… et ce qui l’inquiète
La CFDT reconnaît des points positifs : la volonté de former largement, la prise en compte des enjeux éthiques et environnementaux dans les modules IA, l’articulation avec la transition écologique et l’égalité professionnelle, déjà présentes dans le plan de formation.
Mais plusieurs inquiétudes majeures persistent :
- Le déploiement de formations IA orientées « efficacité » et « productivité » peut accélérer une transformation des métiers sans que les conséquences sur la charge de travail, les pressions managériales et la santé au travail soient réellement anticipées.
- L’utilisation de l’IA « au service des RH » pose un risque direct sur les processus de gestion des carrières, d’évaluation, de mobilité et de recrutement, si aucun garde‑fou n’est posé sur les données utilisées, les biais possibles et le rôle exact des outils dans la décision.
- Les agents sont encouragés à s’approprier l’IA avant même qu’un cadre éthique et une charte d’usage locale, co‑élaborés avec les représentants du personnel, ne soient adoptés.
La CFDT refuse que l’IA devienne un levier implicite de rationalisation et d’intensification du travail, sous couvert de « modernisation » et d’« efficacité professionnelle ».
Les exigences CFDT : former, oui, mais après avoir fixé les règles
Pour la CFDT, l’ordre des priorités doit être clair :
- D’abord un cadre éthique, ensuite la diffusion massive des formations IA.
L’université doit, en s’appuyant sur le cadre ministériel en cours de discussion avec les partenaires sociaux, élaborer un cadrage local d’usage de l’IA en RH et dans l’administration, discutée et votée en CSA, F3SCT et CA, avant de déployer des modules opérationnels du type « IA au service des RH », « analyser vos données grâce à l’IA » ou « IA au service du manager ». - Un débat en profondeur sur les risques et les limites.
Chaque bloc de formation IA devrait être adossé à une analyse d’impact : quels processus seront concernés ? Quelles données seront mobilisées ? Quels risques de biais, de surveillance, de perte d’autonomie professionnelle ? Ces éléments doivent être présentés aux représentant·es du personnel, pas seulement aux stagiaires. - Des garanties sur les métiers et les conditions de travail.
Le plan de formation 2026 doit être lié au DUERP et aux plans de prévention : transformation des tâches, montée en compétences, mais aussi protections contre l’érosion des savoir‑faire, le stress technologique et les injonctions contradictoires. Or à défaut d’une analyse des documents uniques d’évaluation des risques professionnels, comment-est possible de monter un plan de formation permettant de répondre aux enjeux de la prévention et de la sécurité des agents de l’é - Une IA au service du service public, pas l’inverse.
La CFDT défend une IA qui libère du temps pour le cœur des métiers (accueil, accompagnement, pédagogie, soutien administratif), et non un outil pour faire « plus avec moins » en comprimant les effectifs et en standardisant les relations de travail.
Une vigilance syndicale de long terme
L’université se situe à un moment charnière : celui où l’IA peut devenir soit un outil émancipateur, soit un facteur de dégradation des conditions de travail.